Vous avez mal à l’arrière de la cheville ou du talon, surtout au lever ou au début de l’effort ? Il s’agit possiblement d’une tendinopathie d’Achille, l’une des blessures les plus fréquentes chez les sportifs, mais aussi chez les personnes qui reprennent une activité. Elle guérit dans la grande majorité des cas, sans chirurgie, à condition d’être bien prise en charge et de se donner le temps : le traitement dure en moyenne un an et demi.
Cette page détaille ce qu’est cette pathologie, comment on la reconnaît et comment on la traite.
Le tendon d’Achille (ou tendon calcanéen) est le plus gros et le plus puissant tendon du corps. Il relie les muscles du mollet (le gastrocnémien et le soléaire) à l’os du talon, le calcanéum. À chaque pas, à chaque saut, à chaque course, il transmet la force du mollet au pied et emmagasine puis restitue de l’énergie, comme un ressort. Il supporte ainsi des charges qui représentent plusieurs fois le poids du corps.
On parle souvent de « tendinite », mais ce terme n’est plus adapté : dans la grande majorité des cas, il n’y a pas d’inflammation. Le tendon est surtout surchargé : ses fibres se désorganisent, il s’épaissit et de nouveaux petits vaisseaux apparaissent à l’intérieur. Le terme médical actuel est tendinopathie.
Conséquence pratique, essentielle : les anti-inflammatoires (AINS), comme l’ibuprofène, le kétoprofène ou le diclofénac, ne sont plus recommandés. Ils ne traitent pas la cause et peuvent gêner la cicatrisation du tendon. Les prendre soulage parfois quelques jours, mais retarde la guérison.
Une échographie permet de dire de quelle forme il s’agit.
Les deux zones où le tendon d’Achille souffre le plus souvent.
La cause la plus fréquente est une charge d’entraînement trop importante pour ce que le tendon peut supporter. Cette notion est toujours relative : la même charge n’a pas le même effet chez un jeune sportif entraîné et chez une personne âgée ou sédentaire, pour qui une simple reprise de la marche peut déjà être trop. Les situations typiques :
Il n’y a pas d’urgence particulière : consultez si la douleur persiste ou vous gêne. L’essentiel est de commencer la rééducation, car c’est elle qui permet au tendon de guérir. En l’absence d’amélioration, notamment après une dizaine de séances, il faut alors consulter.
Consultez en urgence en cas de claquement brutal au talon avec impossibilité de se mettre sur la pointe du pied : une rupture du tendon est possible.
Le diagnostic repose sur l’examen clinique et sur l’échographie. L’échographie visualise les modifications morphologiques du tendon : épaississement, désorganisation des fibres, éventuelle vascularisation anormale à l’intérieur du tendon. Elle permet aussi de préciser le siège de l’atteinte et d’éliminer d’autres causes de douleur au talon.
Elle peut aussi montrer que le tendon est normal, ce qui remet en cause le diagnostic lorsque la douleur ne s’améliore pas. Une IRM n’apporte en général rien de plus.
Le traitement est long : il faut compter en moyenne un an et demi. La bonne nouvelle est qu’il se fait presque toujours sans arrêter la vie sportive ni opérer.
On n’arrête pas l’activité ou le sport, à condition de respecter deux critères :
On poursuit, mais on s’adapte. Si un critère n’est pas respecté, on réduit la durée ou l’intensité, ou on change temporairement d’activité (vélo, natation). S’ils sont respectés, on augmente progressivement le volume et l’intensité. Ces critères reflètent la souffrance du tendon : ils sont revus en permanence, au fil du traitement.
C’est le pilier du traitement. On commence par un travail excentrique du mollet : le muscle freine un mouvement en se contractant tout en s’allongeant, par exemple en redescendant très lentement après s’être mis sur la pointe des pieds. On poursuit par un renforcement lent avec une charge qui augmente progressivement.
La rééducation doit être indolore, ou presque. Pour la forme insertionnelle, il faut éviter les mouvements qui plaquent le tendon contre l’os du talon (talon sous le niveau de l’avant-pied) : on travaille alors sur sol plat.
Une talonnette peut soulager temporairement ; l’idéal est de consulter un podologue. Les ondes de choc ne sont qu’un complément, et en aucun cas le traitement de fond. Les études donnent des résultats variables : certaines rapportent une amélioration chez environ 6 patients sur 10, d’autres aucun bénéfice par rapport à un placebo. Quand elles fonctionnent, c’est un plus, mais c’est tout.
On s’attend à la séquence suivante : un début d’amélioration vers le 3e mois, une amélioration nette vers le 6e mois, et plus de douleur vers le 9e mois.
Mais l’absence de douleur ne signifie pas que le tendon est guéri. Le critère de guérison est l’absence de vascularisation dans le tendon, visible uniquement à l’échographie. C’est pourquoi un contrôle régulier est nécessaire pour savoir quand arrêter la rééducation, même si, pendant les derniers mois, on a l’impression de ne plus avoir de symptômes.
Si, après une dizaine de séances de rééducation bien menées, il n’y a pas d’amélioration, la tendinopathie est dite réfractaire. D’autres techniques peuvent alors être proposées.
Le PRP (plasma riche en plaquettes) est, dans notre expérience, le traitement de choix de ces tendinopathies. Il consiste à prendre un peu de votre propre sang, à en concentrer les plaquettes, puis à les injecter dans la zone malade du tendon sous guidage échographique, afin de stimuler la cicatrisation. Dans notre expérience, le taux de succès dépasse 95 % sur les tendinopathies réfractaires, sans que cela constitue une garantie de résultat.
Les avis sont partagés dans la littérature médicale, en grande partie parce que les études publiées sont de qualité inégale et comportent de nombreux biais méthodologiques. La rééducation reste nécessaire après le PRP.
À l’inverse, la cortisone (corticostéroïdes) est interdite dans le tendon d’Achille : elle expose à un risque de rupture.
La chirurgie n’est plus d’actualité dans la tendinopathie. Ses indications, comme la rupture du tendon, sont aujourd’hui plus qu’exceptionnelles.
Le plus important est que la tendinopathie soit réellement traitée. Avant d’arrêter la rééducation, il faut être sûr qu’il n’y a plus de vascularisation dans le tendon : tant qu’elle persiste, la cicatrisation n’est pas encore acquise, même si la douleur a disparu. Par ailleurs :
La rupture est une urgence, différente de la tendinopathie : claquement brutal à l’arrière de la cheville, sensation de coup dans le mollet, impossibilité de se hisser sur la pointe du pied. Elle nécessite un avis médical rapide. C’est aussi pour cela qu’il ne faut jamais injecter de cortisone dans ce tendon.
Puis-je continuer à courir ? Oui, le plus souvent, en respectant les deux critères et en adaptant le volume et l’intensité.
Pourquoi le traitement est-il si long ? Un tendon cicatrise lentement : il est peu vascularisé et doit se remodeler sous l’effet de la charge. D’où une durée moyenne d’un an et demi.
Puis-je prendre des anti-inflammatoires ? Non, ils ne sont plus recommandés : ils soulagent parfois mais peuvent ralentir la cicatrisation.
Faut-il faire une IRM ? En général non : l’examen clinique et l’échographie suffisent.
Les ondes de choc suffisent-elles ? Non. Elles ne sont qu’un complément à la rééducation, jamais le traitement de fond.
Une infiltration de cortisone peut-elle me soulager ? Non : elle est interdite dans ce tendon, car elle augmente le risque de rupture.
Quand savoir que je suis guéri ? Quand les symptômes ont disparu et que l’échographie ne montre plus de vascularisation dans le tendon.
Au cabinet, la prise en charge associe un examen clinique, une échographie du tendon, un programme de rééducation personnalisé et un suivi régulier, y compris par échographie. En cas de tendinopathie réfractaire, le PRP peut être proposé. Vous pouvez prendre rendez-vous avec le médecin de votre choix : tous nos médecins et leurs liens de réservation sont sur la page de l’équipe.
Article rédigé par le Dr Loïc Chimot, médecin du sport. CNAES, Pôle Médical, Nantes / Orvault. Dernière mise à jour : octobre 2026. Cet article est donné à titre d’information générale et ne remplace pas une consultation médicale.